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L’art peut-il être gai et profond ?
L’oeuvre de Pierre Lafoucrière dont la peinture heureuse puise ses arguments dans la lumière et les débats de la couleur, le prouve à l’envi.

On pourrait, à bon droit, parler d’abstraction lyrique à son propos. Ce serait trop vite dit. On devine en effet dans ses compositions alertes une telle gourmandise de la matière, fût-elle de l’énigme et de l’émotion, c’est-à-dire d’un second degré du réel, qu’elles n’ont pu naître, on le sent bien, que d’un commerce amoureux avec le concret du monde. Lumière, mouvement, couleurs – or et bleu surtout – sont les instruments primordiaux d’une quête spirituelle qui scrute les formes et leurs mystères à l’état naissant. Perpétuelle génèse, oui, que ces ruptures et déploiements tracés sur la toile ou plutôt captés dans la transparence. Il y a là une telle légèreté du gest alliée à une si juste maîtrise – celle du maître-verrier – qu’on reste confondu, comme devant un ciel de Turner, face à l’apparition des secrètes nuances de la vie. Familier de l’oeuvre des poètesque souvent il accompagne et enlumine, animé comme eux de la fiévreuse quête qui tente l’incertain et l’indistinct, ce peintre-ci est naturellement tout appliqué aux rythmes, aux assonances, aux variations mélodiques. On dirait toujours qu’apparaît sous nos yeux la matière claire et fragile d’un poème.

 

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible » disait Paul Klee.

C’est justement ce que réussit Pierre Lafoucrière. Ce qu’il nous donne à voir c’est de quelque façon notre joie d’exister. Cela commande mieux que l’admiration, la gratitude.

 

Jean-Pierre Siméon